Gabon : chantiers publics à l’arrêt, un malaise national qui interpelle l’État

À travers le Gabon, l’abandon ou la suspension prolongée de nombreux chantiers d’infrastructures publiques nourrit un sentiment grandissant de frustration et d’incompréhension parmi les populations. Routes éventrées, ouvrages inachevés, voies impraticables : de Libreville aux capitales provinciales, en passant par les localités de l’intérieur du pays, les traces de projets interrompus sont visibles et omniprésentes.
Dans plusieurs villes, des travaux d’aménagement urbain lancés avec l’espoir d’améliorer la mobilité et le cadre de vie se sont brutalement arrêtés, souvent après les phases les plus pénalisantes pour les usagers. Canalisations posées sans finition, chaussées détruites puis laissées à nu, engins immobilisés : les riverains sont contraints de composer au quotidien avec des infrastructures à moitié réalisées, devenues sources d’insécurité et de ralentissements.
Des projets engagés, rarement achevés
Ces chantiers, confiés à des entreprises adjudicataires censées respecter des délais précis, devaient désenclaver des quartiers, fluidifier la circulation et soutenir l’activité économique locale. Mais sur le terrain, le constat est amer. Des axes stratégiques restent morcelés, alternant portions bitumées et tronçons dégradés, rendant les déplacements pénibles et parfois dangereux.
L’absence de communication officielle sur les causes exactes de ces arrêts prolongés renforce le sentiment de malaise. Pour de nombreux citoyens, il est difficile de comprendre comment des projets financés sur fonds publics peuvent être lancés sans être menés à terme, parfois pendant de longs mois, sans échéancier clair ni informations accessibles.
CTRI dissous, mais continuité de l’État attendue
Si ces chantiers ont été engagés sous le Comité de Transition pour la Restauration des Institutions (CTRI), il convient de rappeler que celui-ci a depuis été dissout. Toutefois, pour les populations, ce changement institutionnel ne saurait justifier l’immobilisme observé. Le principe de continuité de l’administration impose que les projets publics suivent leur cours, indépendamment des transitions politiques ou institutionnelles.
Sur le terrain, l’attente reste forte vis-à-vis de l’État et de ses démembrements, désormais responsables de la reprise, du suivi et de l’achèvement de ces travaux. La question n’est plus celle de la transition, mais celle de la responsabilité administrative et de la cohérence de l’action publique.
Un impact direct sur le quotidien et l’économie locale
Au-delà des désagréments liés à la circulation, l’arrêt des chantiers affecte profondément la vie économique et sociale. Commerces moins accessibles, transports ralentis, surcoûts pour les usagers, dégradation accélérée des véhicules : les conséquences se répercutent jusque dans les foyers. « On nous avait promis des routes modernes, aujourd’hui nous faisons face à la poussière, aux trous et à l’incertitude », confie un habitant de l’intérieur du pays.
Cette situation alimente une lassitude palpable. De plus en plus de citoyens ne réclament plus de discours, mais des actes concrets : des calendriers réalistes, une reprise visible des travaux et des mécanismes de contrôle renforcés pour éviter que ces abandons ne deviennent la norme.
Une exigence de résultats
À l’échelle nationale, la problématique des chantiers publics à l’arrêt dépasse la simple question des infrastructures. Elle renvoie à la crédibilité de l’action publique et à la capacité de l’État à honorer ses engagements, au-delà des changements de régime ou de structures. Pour de nombreux Gabonais, la reprise et l’achèvement de ces projets constituent un test majeur : celui d’une administration capable d’assurer la continuité, l’efficacité et le respect de la parole donnée.



